Anthony Ludwig, un Alsacien derrière la caméra

Seuls cinq caméramans opèrent avec un steadicam sur les pelouses de la Ligue 1.
Seuls cinq caméramans opèrent avec un steadicam sur les pelouses de la Ligue 1.
Crédit : Facebook / Anthony Ludwig

De son village d’origine de Durningen jusqu'à la pelouse du match d'ouverture de la Coupe du monde 2026, Anthony Ludwig est l’un des caméramans qui travaillent sur les plus grands rendez-vous sportifs.

Rien ne prédestinait ce passionné du Racing Club de Strasbourg à se retrouver nez à nez avec Kylian Mbappé ou Cristiano Ronaldo. Il y a un peu plus d'une dizaine d'années, Anthony débutait comme cadreur-monteur pour une chaîne locale strasbourgeoise. Sa carrière bascule véritablement lors de sa rencontre avec Bozo, pionnier du steadicam (caméra sur un bras mécanique avec des ressorts, accroché sur un harnais) en France, qui l'embarque sur le Mondial 2018. Depuis, l'ascension est sublime : il enchaîne les rendez-vous prestigieux (Ligue 1, Ligue des Champions, Top 14) et s'illustre même sur les plateaux de séries télévisées comme César Wagner ou Plus belle la vie. "La vie a changé entre le petit cadreur-monteur d'une chaîne de télé locale à Strasbourg il y a 12-13 ans et aujourd'hui où je me retrouve à Mexico City à travailler sur une Coupe du monde. C'est incroyable.", confie-t-il.

Un défi athlétique d’exigence

Si le steadicam offre une image parfaitement fluide, ressemblant à un vol de drone, la machine exige une condition physique de sportif de haut niveau. Ils ne sont d'ailleurs que cinq à l'opérer régulièrement sur les pelouses de Ligue 1. L'équipement, conçu pour absorber mécaniquement le moindre choc, pèse entre 30 et 35 kilos. Cette charge énorme, qui repose entièrement sur les hanches et les lombaires, impose un entraînement musculaire rigoureux. Les contraintes de ce harnachement et un accident de moto l'ont d'ailleurs récemment conduit jusqu'à la table d'opération pour une chirurgie des hanches, dont il est aujourd'hui parfaitement rétabli.

Crédit : Facebook / Anthony Ludwig

 

Dans la bulle du direct

Une fois sur le terrain, l'imprévisibilité du sport dicte sa loi. "C'est du direct, on n'a pas le droit à l'erreur. Le ballon va à gauche, il va à droite... On est ultra-concentrés sur le métier. Il faut se mettre dans sa bulle." Le cadreur vit des moments d'une rare intensité qui prennent toute leur ampleur au coup de sifflet final. Il garde notamment un souvenir vibrant des larmes du XV de France lors du Mondial 2023, captées à un mètre de distance. Sur les pelouses de football, les stars savent parfaitement où chercher l'objectif. "Le joueur se met à genoux devant nous, on a l'impression d'être seuls au monde", s'enthousiasme-t-il, mesurant sa chance de croiser le regard des géants de la discipline.

Crédit : Facebook / Anthony Ludwig

 

Le cap mexicain

Pour le Mondial 2026, l'excellence française s'exporte. Anthony est à la tête de l'équipe de Mexico City pour les cinq matchs prévus, dont la prestigieuse rencontre d'ouverture. Loin des clichés sur la chaleur étouffante, il doit s'adapter aux conditions très particulières de la capitale mexicaine, perchée à 2200 mètres d'altitude : des températures clémentes avoisinant les 25 degrés, qui chutent en fin de journée sous les orages de la saison des pluies. À des milliers de kilomètres de lui, le centre de diffusion du Mondial à Dallas permet à toute la planète de savourer la qualité de son travail : "C'est une fierté de bosser sur une Coupe du monde, ce n'est pas donné à tout le monde. C'est vraiment très gratifiant."

Publié : 6h22 par
Louis CARMENT STEVENS - Journaliste