Un Nice-Strasbourg catastrophique

Volotea
L'avion de Volotea sur le tarmac de Lyon St-Exupéry
Crédit : @Top Music - SR

Les passagers du vol V72519 entre Nice et Strasbourg se rappelleront longtemps de leur voyage. Prévu avec pas mal de retard, l'avion a finalement atterri à Lyon, provoquant colère et désarroi. Récit d'une nuit où les manques d'information ont contribué à entretenir un flou désagréable.

C'est l'histoire d'une soirée - d'une nuit même - où rien n'a été simple. Il y a d'abord ce vol, qui devait décoller à 22h25. Dans la journée, les orages à différents endroits de la France et de l'Europe, provoquent une accumulation de petits retards aussi bien chez Volotea que chez EasyJet. Très rapidement, pour les passagers, il est acquis qu'il y aura du retard. Certains reçoivent un mail, d'autres ont des notifications sur leur "wallet", personne n'a réellement le même horaire. Mais l'attente se fait de bonne grâce, avec un écran qui permet de suivre Argentine-Angleterre notamment. Vers 23h, ça se complique, le duty free ferme ses portes. Les plus prévoyants avaient vite acheté une bouteille d'eau et un paquet de gâteaux au cas où. 

Direction... Lyon !

Annoncé à 2h du matin, le vol V72519 commence finalement l'embarquement autour de 0h50. Quand tous les passagers sont enregistrés, la compagnie annonce que l'avion n'ira pas à Strasbourg, mais à Lyon. Les esprits s'échauffent. "Que voulez-vous que je fasse à Lyon ?!", s'emporte un couple de personnes âgées. Une adolescente, qui voyage seule, fond en larmes : "Mais je vais faire quoi toute seule à Lyon ?" Les agents au sol disent ne pas avoir d'informations, à une nuance de taille : ceux qui refusent d'aller à Lyon n'auront aucune prise en charge (hôtel, nouveau vol...). De guerre lasse, une majorité de passagers se résout à monter dans l'avion. Une trentaine repartent. 

Dans l'avion, le personnel commence par s'excuser, et dit subir la même situation, étant lui-même basé à Strasbourg. Il faut recompter les passagers, et pointer qui est dans l'avion, et qui ne l'est pas. Quelques verres d'eau sont distribués. Pour l'heure, c'est plutôt la résignation. Un superviseur nous assure : "Cet avion va à Lyon, et vous reprendrez cet avion demain matin parce que de toute façon il doit rallier Strasbourg." Vu comme ça, pourquoi pas. Mais ce n'est évidemment pas ce qui va se passer. 

"On va tout bloquer !"

En cours de vol, le capitaine explique que Volotéa tente de trouver des solutions, "par bus ou par avion". Des regards s'échangent. A l'arrivée, aucun accueil. Aucun personnel de Volotéa. La petite horde se présente à l'embarquement de la compagnie: "On va tout bloquer !" Les hôtesses renvoient vers un autre bureau, où il n'y a personne. Finalement, après de très longues minutes à arpenter l'aéroport de Lyon St-Exupéry, "deux femmes sont sorties d'on ne sait où", raconte cette passagère. "Apparemment, il y a un bus qui part à 5h30."

Le temps de faire un petit tour, le bus, déjà garé sur le parking de la gare routière, est pris d'assaut. Les voix montent. La fatigue se fait sentir. Le chauffeur, pas particulièrement affable, monte le ton : "Je vous préviens, les toilettes sont condamnées, et je fais pas de pause !" Avec la seule envie de rallier Strasbourg, ils s'entassent, prennent leurs valises sur les genoux. Les conditions, pour les personnes les plus âgées, sont difficiles. Encore une fois, l'information ne parvient pas de manière uniforme aux passagers. Celui qui se serait éloigné pour fumer ou pour aller aux toilettes aurait par ailleurs loupé le départ du bus, qui s'élance dès 4h45 ! Un deuxième bus arrivera après 6h. 

Choix dissident

Sur les coups de 5h30, une dame sortie de nulle part avec son charriot nous lance : "Nice ? J'ai de l'eau pour vous." On l'imagine ensuite arpenter l'immense hall de l'aéroport à la recherche des passagers Volotéa. On notera que ceux qui sont montés dans le bus n'ont rien eu. Alors qu'à l'aéroport de Nice, le même superviseur avait annoncé que Volotéa distribuerait des bons pour pouvoir se restaurer face à cette attente particulièrement longue. 

D'autres, face à la scène du bus, vont faire un autre choix : prendre la direction de la gare de Lyon Part-Dieu pour attraper un TGV à 8h32, avec arrivée à Strasbourg à 12h24. Ce sera mon choix aussi. En attendant, Estelle et Adèle préfèrent presque en rire : "On s'est rencontrées sur le vol aller, on s'est tapé 4h de retard. Et là rebelote ! Vu qu'on a le temps, on commence déjà la demande de dédommagement du vol aller." Un partage de Uber, un café à la Part-Dieu, la SNCF - sans le savoir - prend le relais pour environ une vingtaine de ces naufragés, livrés à eux-mêmes. Le train arrivera (presque) à l'heure, et chacun aura eu le temps de prévenir un proche ou un TER pour finir son trajet, avec donc quelque 12h de retard. Mon ticket de parking se voit lester de 25€ supplémentaires.

"Un aéroport qui démissionne"

Si l'avion n'a pas pu aller à Entzheim, c'est parce que l'aéroport strasbourgeois ferme tout simplement entre minuit et 5h du matin, ce qui fait enrager Nicolas, qui a cherché par tous les moyens à rentrer au plus vite avec sa fille de 11 ans, Anna (qui devait voir Soprano aux Alpagas Bleus ce jeudi soir) : "C'est un vrai sujet ! On parle d'une capitale européenne, avec cette gueguerre avec Bruxelles qui récupère l'ensemble des moyens. Et on a un aéroport en cas de crise qui démissionne. Voilà, on rentre chez soi ! On le savait depuis le début, et on nous a entretenus dans le doute." Et quand on a posé la question au personnel de bord, s'il n'aurait pas mieux valu attendre deux heures de plus à Nice pour atterrir à 5h passées à Strasbourg, il nous a expliqué qu'il était déjà dans une amplitude horaire de 15h. 

Globalement, si les passagers peuvent se montrer compréhensif sur un incident mécanique, ils l'ont beaucoup moins été sur ce qu'ils considèrent comme des problèmes d'organisation, de gestion des flux, et un manque terrible de prise en charge et de communication

Publié : 16 juillet 2026 à 17h34 - Modifié : 16 juillet 2026 à 17h46
Sébastien Ruffet - Journaliste

Journaliste généraliste, mais avec un attrait pour le sport, Sébastien est diplômé de l’Ecole de Journalisme (EDJ) de Nice. Après être passé dans plusieurs médias, aussi bien en radio qu’en TV ou en presse écrite, il a posé ses valises à Top Music en 2013. Expertise : Le sport (football et tennis en particulier), la musique, la photo