Tour du monde d'Estelle et Dan : des nouvelles en direct du Brésil

Lors de leur passage en Bolivie
Lors de leur passage en Bolivie
Crédit : DR

En juin 2023, Estelle, Dan et leur camion des années 50 Woody se sont élancés au départ d’Ohnenheim pour faire le tour du monde. Le couple - désormais fiancés ! - nous donne de ses nouvelles en direct du carnaval au Brésil.

Après leur départ depuis l'Alsace en 2023, nous vous avions donné des nouvelles d'Estelle et Dan en mai 2024. Depuis on les suivait sur leurs réseaux sociaux. En direct du carnaval au Brésil, voici quelques nouvelles toutes fraiches du couple !

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Estelle et Dan, on est heureux d’avoir de vos nouvelles ! Pour rappel, vous êtes partis dOhnenheim le 15 juin 2023 pour un tour du monde avec Woody, votre camion de l’armée suisse réaménagé et qui roule au maximum à 50km/h ! Déjà comment allez-vous tous les 3 ?

Hello Céline, on va très bien, merci beaucoup. Tous les trois, on continue l’aventure à l’autre bout du monde et on est actuellement en Argentine, donc Woody se porte bien lui aussi. à presque 70 ans !

Si je me souviens bien, votre tour du monde doit durer trois ans et demi… ce qui voudrait dire un retour en Alsace à la fin de cette année ? Est-ce toujours le cas ? Êtes-vous dans le « bon rythme » pour boucler votre aventure fin 2026 ?… et question bonus, pensez-vous déjà « à l’après » ?

Au départ, oui, l’idée était de tenir le rythme pour rentrer vers fin 2026 ou début 2027, en prenant simplement un peu plus de temps lors de nos missions humanitaires et d’éco-volontariat. Pendant les deux premières années, on était vraiment dans cette dynamique.

Mais il y a environ six mois, on a dû rentrer en France en urgence pour une raison totalement imprévue. On a laissé Woody en Uruguay et pris l’avion. Ce retour a été obligatoire, éprouvant, et on est restés plus d’un mois avant de repartir.

Quand on est revenus sur la route, on a pris le temps de réfléchir à la suite. Et on s’est rendu compte qu’en fait… rien ne pressait. Notre tour du monde a toujours été basé sur la lenteur, sur le fait de voyager à 50 km/h, alors pourquoi s’imposer une date de retour stricte ?

Au fil du voyage, on a compris que la vraie richesse, elle se trouvait dans les rencontres humaines. Et ces moments-là n’arrivent que quand on accepte de ralentir encore plus.
Un camionneur qui nous arrête pour partager un verre, une famille rencontrée par hasard qui nous invite à dîner puis à découvrir toute leur culture… ce sont ces échanges spontanés qui marquent vraiment le voyage.

Pendant les deux premières années, on s’est parfois surpris à écourter ces moments en se disant qu’il fallait avancer, car on avait “un délai fin 2026”. Aujourd’hui, on a changé de perspective. On veut justement prendre davantage le temps pour ces rencontres, parce que c’est ça qui donne tout son sens à cette aventure.

Donc le tour du monde à 50 km/h continue bien sûr, toujours avec les 14 missions humanitaires et d’éco-volontariat que nous avons prévues. Ça, ça ne change pas, ça reste le cœur du projet.

En revanche, nous avons choisi d’élargir complètement la question du timing. Nous avons retiré cette idée de rentrer “absolument” dans un délai de trois ans et demi. Aujourd’hui, on avance simplement au rythme du voyage, des rencontres et des missions.

On verra donc quand nous rentrerons. L’important pour nous, ce n’est plus la date d’arrivée, mais la qualité de ce que nous vivons sur la route.

Et pour la question de l’après… on commence forcément à y réfléchir un peu. On a eu un véritable coup de cœur pour le Brésil. Que ce soit la forêt amazonienne, où nous avons mené une mission autour de la préservation de l’Amazonie, ou même certains petits endroits sur la côte qui nous ont profondément marqués.

Donc oui, on imagine parfois la possibilité d’y revenir après le tour du monde. Rien n’est décidé, évidemment. L’avenir nous le dira, et surtout, il nous reste encore énormément de choses à découvrir avant d’en arriver là. Pour l’instant, on est pleinement dans le voyage.

Grâce à vos réseaux sociaux, vous nous emmenez un peu en voyage avec vous. C’est important pour vous de rester en contact avec l’Alsace notamment ? 

Oui, c’est très important pour nous de rester en contact, de manière générale, avec les personnes qui suivent l’aventure depuis le début, et notamment avec l’Alsace.

À travers les réseaux sociaux, on échange régulièrement avec celles et ceux qui nous écrivent, commentent, partagent leurs impressions sur nos photos, nos vidéos ou nos étapes de voyage. Et avec le temps, on a l’impression que ces personnes, qui étaient pour certains de totals inconnus au départ, sont devenues proches. Elles font partie de notre quotidien et nous apportent beaucoup de sourire et de soutien.

Finalement, ce lien dépasse largement le simple partage de voyage. Ce sont des gens qui nous ont vus évoluer, grandir à travers ce projet, qui ont été présents dans les moments joyeux comme dans les périodes plus difficiles, toujours aux côtés de Woody et de notre aventure.

C’est donc très précieux pour nous de préserver cet échange. Et il se trouve qu’une grande partie de cette communauté vient effectivement d’Alsace, là où tout à commencé, ce qui renforce encore davantage l’attachement que nous avons à garder ce lien.

Vous n’êtes pas que des globe-trotters, vous êtes aussi devenus au fur et à mesure des mois vidéastes, écrivains (parlez-nous de vos livres !), cuisiniers (vous faites goûter des spécialités françaises à travers le monde ?)… et quoi d’autres ?

Au fil des mois, notre aventure a naturellement dépassé le simple cadre du voyage. Nous sommes partis comme globe-trotteurs, mais la route nous a amenés à devenir aussi vidéastes, auteurs, passeurs de culture, parfois même cuisiniers improvisés. C’est quelque chose qui s’est construit sans stratégie, simplement parce que chaque rencontre ouvrait une nouvelle porte.

Le fait d’avoir choisi de relâcher la contrainte du timing a d’ailleurs joué un rôle clé. Cela nous a donné l’espace pour expérimenter davantage de choses, notamment en Amérique du Sud. En Argentine, puis au Chili, nous avons commencé à ouvrir notre camion Woody lors d’événements locaux et de marchés. Les familles pouvaient entrer dans le camion, découvrir la carte du monde que nous avons dessinée, suivre notre itinéraire, comprendre nos missions humanitaires et environnementales, regarder les photos et échanger avec nous. C’était entièrement ouvert, spontané, et l’accueil a été incroyable. Des centaines, puis des milliers de personnes sont venues. Woody attirait déjà la curiosité sur la route, mais dans ce cadre-là, il devenait un véritable espace de dialogue et de partage.

Ces rencontres ont rapidement pris une dimension plus culturelle. Dan, qui adore cuisiner, a commencé à préparer des crêpes lors de ces événements. Pour nous, c’est quelque chose de familier, mais pour beaucoup de visiteurs c’était une découverte. Avec son tablier « Ici, le chef, c’est moi », il a transformé ce geste simple en moment de convivialité. 

De mon côté, j’ai (Estelle) grandi dans une famille de chocolatiers, avec cette passion transmise par mes grands-parents. Lors de ces événements, j’ai décidé de recréer une recette familiale de truffes au chocolat. Ce partage a pris une ampleur inattendue, attirant l’attention de chaînes TV argentines venues filmer non seulement l’ouverture de Woody, mais aussi cette transmission gourmande de chocolat. Voir cette tradition personnelle se propager à l’autre boutdu monde a été un moment très fort pour moi (et mes grands-parents).

Des rencontres entre truffes et visite de Woody / @DR

Dans cette dynamique, une autre idée a émergé : créer un livre pour enfants. Nous avons imaginé Les aventures de Woody autour du monde, un ouvrage que nous avons entièrement illustré, créé, et publié en français, anglais et espagnol. Il met en scène Woody dans les pays traversés et permet aux enfants de découvrir cultures, paysages et mots de vocabulaire de manière ludique. C’était une façon de partager le voyage avec les plus jeunes, qui viennent souvent visiter le camion avec des yeux émerveillés. Et aussi de le partager avec notre communauté mondiale via Amazon.

Mais notre projet éditorial principal reste le récit d’aventure. Il est né à un moment charnière, après ce retour difficile et inattendu en France. Ce passage nous a poussés à prendre du recul et à ressentir le besoin de mettre en mots tout ce que nous vivions : les rencontres, les défis, les transformations intérieures, la dimension humaine du voyage. J’ai (Estelle) commencé à écrire quotidiennement, peu importe le contexte. Dans les déserts de sel, en altitude dans les Andes, en Patagonie ou en Amazonie. À partir de notes, de photos, de souvenirs et de dessins, j’ai construit “Le tour du monde à 50 km/h – Tome 1 : De l’Europe à la fin du monde”, publié le jour de mon anniversaire. Ecrire ce livre m’a clairement aidé à me reconstruire et à voir la beauté de tout ce que nous avons vécu durant ce voyage.

Ce livre rassemble les deux premières années et demie de notre tour du monde. Il est à la fois témoignage personnel, récit d’aventure et réflexion sur ce que signifie voyager lentement. 

Aujourd’hui disponible sur Amazon en français, anglais et espagnol, il continue aussi de vivre à travers les rencontres, les événements et le travail que nous poursuivons actuellement en Argentine.

Finalement, tout cela fait partie d’une même continuité. Voyager ne consiste pas seulement à se déplacer. C’est créer des liens, transmettre, apprendre, partager, et parfois découvrir que le chemin nous transforme en bien plus que ce que nous avions imaginé au départ.

Estelle et Dan avec leurs deux ouvrages / @DR

Difficile de consigner tous vos souvenirs en une interview, mais parlez-nous de vos deux plus grandes joies et de vos deux plus grandes galères dans votre tour du monde ?

Fiou ! il y en à tellement … Après tout, il ne peut pas y avoir “d’Aventures” dans “Mésaventures”! Mais s’il fallait choisir ? Une première grande épreuve remonte à notre passage en Bolivie (Juin 2025), dans la région du Sud Lípez, à la frontière chilienne. Nous voulions explorer ce parc d’altitude lorsque nous sommes arrivés en pleine tempête de neige exceptionnelle, décrite comme la plus violente depuis plus d’une décennie. Nous étions à près de 5 000 mètres d’altitude, c’est à dire plus haut que le Mont blanc, dans un environnement extrêmement isolé, sans villages ni infrastructures.

Sur la route, nous avons croisé des voyageurs à pieds dont le van était enseveli sous la neige depuis plusieurs jours. Ils avaient passé une nuit entière dans leur véhicule non isolé, avec la neige entrant complètement à l’intérieur, avant d’être de laisser le véhicule à l’abandon au petit matin pour trouver secour à pied, toujours sous la tempète. Les rangers locaux, faute de carburant et d’équipement, ne pouvaient intervenir. Nous avons donc décidé de les accompagner et de tenter une opération de secours avec Woody, dont les capacités tout-terrain nous offraient une chance d’accès.

Pendant deux jours, nous avons affronté la tempête, des vents dépassant les 150 km/h et des températures de neige avoisinant les –25 °C en journée. Nous avons tenté à plusieurs reprises d’aller jusqu’au véhicule, tout en aidant également un automobiliste local bolivien ayant survécu quatre nuits enseveli dans sa voiture (incroyable). L’expérience était extrême, physiquement et mentalement tant pour nous que pour notre camion qui a faillit y rester lui aussi. Pourtant, cette épreuve a créé un lien humain très fort entre les rangers, les rescapés et nous, une solidarité que nous n’oublierons jamais.

La seconde difficulté majeure s’est produite quelques mois plus tard ( Nov 2025), en Patagonie, lorsqu’une notre 1e grosse panne du voyage a immobilisé Woody à El Chaltén, un petit village isolé de 1500 habitants. La boîte de transmission était endommagée, mais personne ne savait identifier précisément le problème, car il n’y avait ni garage ni mécanicien à 300 km à la ronde.

La situation aurait pu devenir critique, mais la solidarité locale a été extraordinaire. Jonathan, qui tenait un commerce de pneus, nous a accueillis comme des membres de sa famille. Nous avons partagé son quotidien, ses repas, ses fêtes, et il nous a même confié les clés de ses locaux pour que nous puissions travailler.

La réparation a finalement été rendue possible grâce à la collaboration de plusieurs personnes : les archives techniques du musée FBW, la marque, en Suisse, qui nous ont transmis des plans, Jonathan et une dizaine de locaux de tout âge, et un artisan âgé du village qui, malgré ses mains handicapées par le travail, a recréé au tour la pièce cassée à l’intérieur de la transmission. Ce mois d’immobilisation a été intense, rempli de doute, mais aussi d’une profonde gratitude.

Ce qui rendait la situation encore plus stressante, c’est que Dan préparait depuis des mois sa participation au marathon de la Fin du Monde à Ushuaia. Nous pensions sincèrement ne jamais arriver à temps. Finalement, grâce à cette chaîne humaine improbable et généreuse, la route s’est rouverte.

Ces moments rappellent que les difficultés du voyage sont souvent aussi des expériences humaines exceptionnelles. Elles mettent à l’épreuve, mais elles révèlent surtout la solidarité et la résilience que l’on croise sur la route.

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Du côté des grandes joies, certaines sont étroitement liées aux épreuves traversées. L’une des plus fortes reste sans doute le moment où, après ce mois d’immobilisation en Patagonie, nous avons enfin réussi à réparer la boîte de transmission de Woody (Dec 2025). À peine la route redevenue possible, nous avons dû parcourir près de 1 000 kilomètres en deux jours pour rejoindre Ushuaia, tout au sud du continent, afin que Dan puisse participer au marathon trail de la Fin du Monde .

Ce trajet a été une véritable course contre la montre, d’autant plus symbolique que nous roulons toujours à 50 km/h. 

Arriver à temps à Ushuaia “La Fin du Monde”, cette terre considérée comme la dernière terre avant l’Antarctique, a représenté bien plus qu’un simple objectif logistique. 

Dan a pu prendre le départ du marathon, entouré d’autres voyageurs rencontrés sur la route, et nous avons également vécu des retrouvailles familiales puisque mon oncle avait fait le déplacement expres pour ce marathon depuis La Réunion.

En quelques jours seulement, tout s’est concentré à cet endroit : la course, mon anniversaire, et la sortie officielle de mon livre Le tour du monde à 50 km/h – Tome 1. Ushuaia est ainsi devenu un jalon majeur de notre parcours, marquant symboliquement la moitié du tour du monde. Après l’Europe du Nord et la traversée des Amériques du nord au sud, nous franchissions une étape que nous avons célébrée avec émotion.

Une autre joie très marquante remonte à notre passage aux îles Galápagos, en Équateur (Sept 2024). Pour moi, en tant que scientifique de formation, découvrir cet environnement souvent décrit comme le laboratoire naturel de Darwin a été profondément symbolique. Observer des espèces endémiques et un équilibre rare entre présence humaine et monde animal a été une expérience forte en soi.

Mais ce lieu est aussi associé à un souvenir personnel inoubliable. À la sortie d’un de mes entraînements de natation, Dan m’a fait sa demande en mariage entourées de dizaines d’otaries faisont la sieste sur la plage. C’était totalement inattendu. J’ai dit oui, bien sûr, et ce moment reste l’un des plus lumineux de notre aventure.

Enfin si on devrait vous faire un colis d’Alsace, qu’est-ce qu’on mettrait dedans ? Qu’est-ce qui vous manque d’Alsace ?

S’il fallait nous envoyer un colis d’Alsace, ce serait sans hésiter du Picon. On a même réussi à convaincre ma sœur (Estelle) d’en transporter une bouteille dans sa valise à Noël !
On ajouterait probablement du fromage, dont le munster et peut-être un peu d’ail des ours pour la touche régionale.

Après, ce qui nous marque davantage que le manque d’un lieu, c’est la culture que l’on emporte avec nous. Et notamment celle autour de Noël, qui est très forte en Alsace et que l’on retrouve rarement ailleurs dans le monde avec cette intensité.

D’ailleurs, Dan aime recréer cette ambiance sur la route. À cette période, il cuisine des Bredele, en expliquant les traditions alsaciennes, leur signification, et en les faisant découvrir aux personnes que nous rencontrons. C’est une manière de transmettre une part de cette culture, même à des milliers de kilomètres.

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Rendez-vous dans quelques mois pour avoir à nouveau des nouvelles d’Estelle et Dan partis d’Alsace pour faire le tour du monde.

Pour suivre Estelle et Dan, connectez-vous à leurs comptes Facebook et Insta ou sur leur blog, sous le nom de "FBW PROJECT".

 

Publié : 6h00 par
Céline Rinckel - Rédactrice en chef des supports digitaux

Amoureuse de l’Alsace et de ses traditions, Céline Rinckel est devenue journaliste pour « raconter » ce qui se passe dans sa région. Après des études en communication et en journalisme, en France et en Irlande, Céline a intégré Top Music en 2008. En-dehors de ses reportages, elle présente les flashs et les agendas de 10h à 16h.