Yamê, révélation masculine de l’année, enflamme Strasbourg

21 février 2024 à 16h45 - Modifié : 22 février 2024 à 14h55 par Jules Scheuer

Yamê a retourné l'espace Django le samedi 17 février.
Yamê a retourné l'espace Django le samedi 17 février.
Crédit : Top Music - JS

Yamê donnait un concert à l’espace Django, le samedi 17 février lors de sa tournée pour son premier album Elowi, sorti en octobre 2023. Une semaine après avoir reçu le titre de révélation de l’année aux Victoires de la Musique, Yamê a déchaîné les passions pendant plus d’une heure de show à Strasbourg. Retrouvez également en intégralité dans cet article, l’interview de Top Music du chanteur franco-camerounais.

La file était déjà longue aux abords de l’espace Django à 19h30 le 17 février. Une heure avant la première partie du concert, le public était prêt à s’époumoner sur les titres de l’artiste à la cote de popularité explosive. Preuve en est, le concert affichait complet et des sans-billets rodaient autour de la salle de spectacle dans l’espoir de décrocher un précieux sésame de dernière minute, pour assister certainement à l’une des dernières dates aussi intimiste de l’artiste. Au centre de toute l’attention : Yamê, l’une des futures super-stars du rap français. Originaire de Cergy-Pontoise, le rappeur franco-camerounais renverse tout sur son passage depuis quelques mois.

Au lancement de sa carrière musicale, en plein confinement, il y a TikTok, réseau sur lequel il partage ses premières créations musicales. Puis rapidement, l’artiste s’exporte sur les plateformes de musique avec sa première mixtape en septembre 2020. Son premier album Agent 237 voit le jour en juin 2021. Deux ans plus tard, il collabore avec la chaîne YouTube musicale et internationale Colors. Lors de sa prestation, il présente son titre Bécane, qui va donner une nouvelle dimension à sa carrière. Le succès est énorme et dépasse très largement les frontières de la France. Dans son deuxième album Elowi, sorti en octobre 2023, le chanteur et sa voix inimitable livrent neuf titres hauts en couleurs et musicalement impressionnants. Le 10 février dernier, lors des Victoires de la Musique, le trentenaire remporte le titre de révélation de l’année. 

Yamê a pris possession de la scène de l'espace Django après la première partie - Crédit photo : Top Music - JS 

Ce samedi, après avoir franchi les portes de l’espace Django, les spectateurs ont pu découvrir en première partie le rappeur Feel, originaire du quartier du Neuhof. En trente minutes, il a convaincu et séduit l’ensemble des spectateurs avec ses sons dansants. Avec un projet en préparation, l’artiste s’est présenté comme un futur représentant de la scène rap alsacienne. Après l’entracte, c’était au tour de Yamê de prendre possession de la scène. Que dire de ce show tant il a été bluffant. Une voix si particulière, des choeurs de voix en arrière plan et des sonorités aussi entraînantes que surprenantes : la prestation a été de haute-volée. À en croire les réactions du public, cette « claque » a été partagée de tous. À la sortie du concert, les mélodies entêtantes de l’album Elowi flottaient encore dans toutes les têtes et risquent bien d’y rester pendant un moment.

Yamê sera de retour dans la région lors du festival des Eurockéennes, le vendredi 5 juillet prochain.

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Découvrez en intégralité, l’interview de Yamê, réalisée quelques heures avant son concert à l’espace Django.

Top Music : Bonjour Yamê, merci de prendre le temps de répondre à nos questions. Première question pour commencer cette interview, avec ton actualité très chargée, comment ça va en ce moment ?

Yamê : Un peu fatigué, mais ça va ! Mais c'est tout le temps l'excitation donc c'est trop cool. 

La dernière image qu’on a vu de toi à la TV, c’est lors des Victoires de la Musique, quand on t’as remis le prix de la « révélation de l’année ». Cette récompense, c’est aussi la reconnaissance d’une vie dédiée à la musique ?

Un petit peu oui. C'est vrai qu'au début, je faisais de la musique sans vraiment savoir où j’allais. C'était plus un hobby et ça en est resté un jusqu'au confinement. Après, on s'est concentrés, j'ai monté une équipe et ça nous a poussé jusqu’à l'espace Django aujourd’hui (rires).

C’est une magnifique récompense ce prix, un beau symbole.

Ouais franchement, c'est fort. En plus, ça arrive vite dans ma carrière. C'est un prix qui amène aussi un genre de petite pression, mais quelque chose de très sain. On est boostés par toutes les petites victoires qu'il y a dans nos carrières. Et celle-ci, ce n'est pas qu'une petite victoire.

Ton père est un artiste reconnu au Cameroun. Quand on grandit avec cette figure paternelle, faire de la musique ça devient une évidence ?

Pas tant que ça. Mon père a eu pas mal de succès quand j'étais très jeune mais il a rapidement dû s'arrêter pour nous éduquer, ma sœur et moi. Quand je commençais à grandir, il ne faisait plus trop de musique. Il en faisait toujours un petit peu à la maison, quand il voyait des potes, mais ce n’était plus son activité principale. Ça a été une figure, un exemple quand j'étais plus jeune mais avec le temps, il a été aussi un exemple dans d’autres domaines que la musique, et c'est ce qui a importé aussi. Il y a eu une influence parentale et aussi une influence parentale d’artiste. 

De ton côté, comment as-tu fais tes premiers pas avec la musique ?

J'ai commencé sur les instruments de mon père, justement. Quand j'étais petit, j'essayais de jouer un peu dessus. Ensuite, j'ai essayé des instruments à l'école au Cameroun [Yamê y a vécu de ses 5 à ses 10 ans NDLR] puis quand je suis revenu en France. Après, j’ai découvert les jam-sessions et c'est là que je me suis vraiment intéressé plus en profondeur à la musique. C'est ça mon parcours.

Pendant son concert, Yamê accompagnait ses chansons au piano. - Crédit photo : Top Music - JS

Comment les jam-sessions aident un artiste à se découvrir dans sa musicalité ?

C'est super cool les jam-sessions, parce que c'est libre. Tu joues ce que tu veux, comme tu veux, dans une grille d'accords, mais à ta manière. C'est très libre. Ça permet de découvrir à quel point les gens peuvent être différents dans ce qu'ils proposent sur une même grille d'accord et de capter tout de suite l'importance des différentes influences dans la musique.

À quel moment de ta vie tu t’es dit : ça y est je vais tout plaquer et me consacrer à la musique. 

Je me suis jamais vraiment trop dit : j'arrête tout pour la musique. Il y a eu le confinement qui a vraiment poussé les choses, parce que les jams se sont arrêtées en même temps. Je suis donc arrivé à cette réflexion : « Je ne peux plus aller en jam-sessions, mais j'ai quand même envie de faire du son. Qu'est-ce que je fais ? Bon, je lance ma carrière ».

En juin 2023, ta carrière va prendre une autre dimension suite à une collaboration avec le média Colors. Tu peux nous en raconter les coulisses ?

En 2023, TikTok [où Yamê postait ses premières réalisations NDLR] a explosé un petit peu. Ça m'a permis de mieux me structurer, de faire avancer le projet, et j'ai rencontré comme ça quelqu'un qui travaillait chez Colors. C'est par ce biais là qu'on s'est retrouvé à aller à Berlin et enregistrer la prestation sur « Bécane ». Effectivement, il y a eu une grosse explosion, mais pas tout de suite. Il y a eu un genre de double explosion : quand c'est sorti, et puis quelques mois plus tard.

Comment tu te sentais avant que ça sorte, tu pensais qu’il y aurait un tel engouement ?

J’étais content, mais je ne savais pas que ça allait autant exploser, j’en avais aucune idée. Ok, Colors c'est international, mais sur la chaîne, il y a plein de sons qui ont un succès mesuré. Bien sûr, ils ont tous une forme de succès, mais il y en a qui font 50 millions de vues et d'autres qui en font un million ou six… Je ne savais pas du tout où allait se placer le mien, j’en avais aucune idée. Déjà, je trouvais ça incroyable de pouvoir y être, parce que je suivais beaucoup Colors. J'avais pas trop de prétention et surtout pas celle d'avoir un aussi gros succès.

Au final, tu culmines à 46 millions de vues sur ta performance. Tu es la 10e vidéo la plus populaire de la chaîne devant des artistes américains comme Doja Cat ou Gunna. Tu te rends encore compte des chiffres que t’as générés ?

Nan, franchement, je me rends pas compte. Tu me l’apprends, je ne savais pas que j'étais devant Doja Cat ! Comme quoi… C'est ouf, c'est incroyable ! 

Cette chanson s’est aussi exportée sur les réseaux sociaux, où elle a été utilisée dans des « trends » (tendances virales NDLR). Je voulais te montrer cette trend qui a beaucoup tourné.

@thekittyandrea Andrea, the prehistoric 🦖 #andreavonspeed #catsoftiktok #foryou ♬ Bécane - A COLORS SHOW - Yamê

C’est Andrea, ça. (Rires) C'est incroyable, ils sont trop forts !

Tu les avais vues ces vidéos ?

Ouais, bien sûr. C’est trop marrant, parce que les gens n'utilisent pas ce son pour ce que je dis, c'est pour la mélodie et le rythme. Les gens s’en servent juste parce qu'ils le kiffent et pas parce qu'il y a une parole un peu drôle, puisqu’ils ne les comprennent pas. En plus, c'est un peu sorti de nulle part quoi. C'est quoi ce genre de trend où on découpe des chats et on en fait d'autres animaux ? (Rires)

Si on revient un peu sur ta discographie, ton premier album Agent 237 est sorti en juin 2021. Dans cet album, on retrouve notamment le son Carré d’as, qui a aussi été ton premier clip. À cette époque tu avais déjà le style musical que t’as aujourd’hui ?

Je pense que oui, un petit peu au fond de moi. Il n'avait pas encore pris toute la place qu’il a pris dans mon dernier projet, parce que c'était un cheminement aussi. Au moment de Agent 237, je suis dans une phase où j'expérimente ce que je kiffe faire. C'est le rap, la trap, la drill… Et c'est vrai que ça sonne différemment. Mais les voix aiguës, par exemple, que j'utilise sur mon dernier album, on les entend déjà en fond en 2021, sur Agent 237. On y retrouve un petit peu les prémices de Elowi [album sorti en octobre 2023 NDLR]. D'une certaine manière, c'est une espèce de suite logique.

Dans son album Elowi, Yamê démontre toute l'étendue de son talent. - Crédit photo : Top Music - JS 

T’as ramené un véritable vent de fraîcheur dans le monde de la musique. Comment tu définirais ton style justement ?

Je me définis pas franchement. J'ai autant de mal que tous les autres à définir mon style. On sent les influences rap, on sent les influences trap, on sent les influences soul, jazz… Je pense que c'est vraiment ce que je suis. C'est-à-dire que j'écoute vraiment beaucoup, beaucoup de styles différents et j'en fais vraiment une infusion. Il y aura toujours un peu cette difficulté pour moi à définir un style. On dira à la fin que je fais du Yamê et puis voilà (rires).

Parmi toutes tes cordes musicales, impossible de ne pas citer ta voix. T’en as fait un véritable instrument et tu peux vraiment en faire ce que tu veux. Comment t’as réussi à la maîtriser ?

En chantant sous la douche (rires). En vrai, je chantais souvent chez-moi, c'était quelque chose de passionnel de chanter à la maison. Dès que j'entendais une chanson, je voulais absolument la rechanter avec la même voix, avec le même niveau d’intonation, la même interprétation. C'est juste que j'ai toujours été un peu comme ça : bruyant (rires). 

Dans ton album Elowi, sorti en octobre dernier, tu démontres l’étendu de ton talent en 9 titres. C’est une fierté cet album ?

Ouais, c'est une fierté, c'est sûr. C'est l'aboutissement de beaucoup de travail. Après, ce n'est pas un aboutissement artistique, dans le sens où, pour moi, c'est vraiment les prémices de ce que je veux proposer. Cet album, c’est un genre de présentation, une palette… On voit un petit peu où je veux aller au fur et à mesure de cet album.

On t’as vu récemment faire une reprise de Charles Aznavour. D’où t’es venue l’envie de faire cette reprise ?

Parce que j'en ai toujours faite. C'est un peu comme ça que je me suis entraîné à chanter et à faire du piano, en jouant des chansons que j'aimais bien. Parmi ces chansons là, il y avait La Bohème d’Aznavour.

Dans une vidéo publiée sur la chaîne Youtube de Wax le 14 février dernier, on te voit reprendre du Stromae, artiste qui vient lui aussi du rap francophone. Est-ce que parfois, comme lui a pu le faire, tu t’imagines faire une carrière à l’international ? C’est quelque chose qui te parle avec le succès que tu as rencontré dernièrement ?

C'est pas quelque chose que j'ai cherché mais c’est vrai que Bécane a marché de façon internationale. Mon but, c'est de chanter et de faire découvrir ma musique aux gens. Évidemment, si je peux aller faire des concerts aux États-Unis, en Afrique, en Asie… bien sûr que j’irais ! S'il y a des gens qui veulent venir m’écouter, avec plaisir. 

Qu’est ce qui t’attends dans les prochains mois ?

Là, on est en tournée, donc il nous reste encore quelques dates. Il y aura l'album aussi qu'on va préparer pour la suite… La tournée des festivals évidemment et puis pourquoi pas la tournée internationale, comme on disait (rires). Donc, il y a tout ça à nous souhaiter et pour l'instant je pense qu’on est plutôt sur la bonne voie. 

Ce soir tu vas rencontrer ton public strasbourgeois. Le lien avec le public c’est ce qu’il y a de mieux pour un artiste ?

Ouais, moi, c'est ce que je préfère. Je viens de la musique live en plus. Et ce contact là, on le kiffe. C'est pour ça aussi qu’on fait une tournée des SMAC [Scènes de Musique Actuelles NDLR], puisqu'il y a tout de suite ce contact avec les gens. C’est des salles plus petites, plus intimistes.

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