Les fruits et légumes d'Alsace au prix juste

10 avril 2018 à 13h17 par Sebastien Ruffet

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C'est à Schnersheim que la signature a eu lieu. D'un côté des producteurs de fruits et légumes, de l'autre Système U Grand Est. Entre les deux, une relation de confiance et un accord qui va dans le bon sens.

Chacun a signé une cinquantaine de pages. Thierry Boltz, le président de la centrale U Est, s'engage sur des prix et des volumes à l'année. Jean-François Vierling, agriculteur militant, fournira un produit de qualité, répondant à certaines normes. Les deux hommes savent que l'avenir de notre agriculture passera par ce genre d'accord. Vierling : "Il était largement temps d'aller dans ce sens là. Depuis des années, on a des contraintes, des charges qui augmentent, mais des prix qui régressent." Alors la démarche inititée avec Système U est "plutôt rassurante".

Le produit est moins normé, mais il y a un tel goût que le consommateur y revient ! - T.Boltz

Les deux hommes ont en tout cas constaté que les consommateurs alsaciens avaient de plus en plus la conscience de l'acte d'achat. Choisir un produit plutôt qu'un autre, c'est aussi militer. Thierry Boltz l'a constaté dans ses magasins : "Je fais du maraîchage, avec la ferme Meyer, et quand j'ai de ses tomates, je ne vends plus que ça ! Le produit n'a rien à voir avec la tomate dure qui arrive de plus loin. Alors oui, le légume est moins normé, la tomate est moins ronde, la carotte n'est pas droite... Mais quand le consommateur a goûté, il revient."

Une meilleure image de la profession

Jean-François Vierling se bat pour les prix, mais il se bat aussi pour redorer l'image de la profession. Il a réduit pratiquement à zéro sa consommation d'eau, il a trouvé des astuces pour diminuer de manière spectaculaire les pesticides, il s'est débarrassé des insecticides – les plus nocifs. Grâce à de nouvelles techniques, mais aussi tout simplement avec le fameux bon sens paysan. Un peu d'observation et de jugeotte. Exemple : le paillage plastique. "Par capilarité, la terre fait remonter l'eau du sol. On arrose presque plus. Et avec l'effet de serre, il fait tellement chaud que les mouches ne viennent plus pondre au pied des cultures. Même plus besoin d'insecticides !" Pas très écologique le plastique... "En fin de saison, il est ramassé, roulé, et il part en recyclage. Il sert à faire des pièces pour le secteur automobile..."

Il faut donner la chance à l'agriculture [...], beaucoup d'efforts sont faits. - J-F Vierling 

Les agriculteurs alsaciens, s'ils ne sont pas tous engagés de la même manière que Jean-François, ont en grande majorité une conscience écologique de plus en plus intéressante pour le consommateur. Le produit n'est peut-être pas bio, mais il s'en rapproche. En circuit court, il permet d'être cueilli "à point", mûr, prêt à consommer. Un petit surplus au niveau du coût, mais net au niveau du goût. L'agriculteur de Schnersheim conclue la visite : "Les Alsaciens ont une chance inouïe d'avoir des produits qui viennent d'à côté. J'ai envie de leur dire, soutenez-nous, parce que comme L'Oréal, on le vaut bien aussi."