Yannick Kraemer, bientôt à la tête de 200 salons

27 janvier 2020 à 8h23 par Anne-Sophie Martin

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Yannick Kraemer, à la tête de 180 salons de coiffure dans le monde. Il passera le cap des 200 salons

Le célèbre coiffeur alsacien Yannick Kraemer, âgé de 58 ans, va passer cette année le cap des 200 salons dans le monde. Yannick Kraemer nous raconte sa formidable aventure et l'évolution des métiers de la coiffure.

La marque "Kraemer Paris" est née en 2000. Personnellement j’ai ouvert mon premier salon en 1987, historiquement mon père avait ouvert son salon Kraemer à Hatten au nord de l’Alsace en 1945.

Quand j’ai lancé la marque en 2000, j’avais une quinzaine de salons et je me disais "comment je vais faire pour développer la marque avec les mastodontes de la franchise qu’il y avait déjà en France". J’ai une première cliente franchisée qui voulait s’installer au Canada et trois mois après, elle a ouvert le premier salon Kraemer. Quand j’y étais pour l’inauguration, je me suis dis : "je vais d’abord faire une marque internationale avant de faire une marque française." Peu de temps après, un ami chinois qui avait des restaurants japonais à Strasbourg, m’a proposé d'ouvrir des salons de coiffure en Chine. Il faut se remémorer en 2003, la Chine n’avait pas le même essor qu'aujourd'hui. C’était plutôt un pays en voie de développement. La Chine est devenue en quelques années, rapidement la première puissance mondiale économique. J'ai alors accepté de signer un partenariat, d’ouvrir des premiers salons en filiale avec monsieur Wong en 2003.

 Vous avez fait beaucoup d’affaires en Chine, vous avez ouvert combien de salons ?

Aujourd’hui nous sommes à près de 1 400 salariés, avec 70 salons ouverts à ce jour en Chine.

C’est assez impressionnant ! Au début, on s’est implanté essentiellement à Guangzhou, plus connu sous le nom de Canton en français, c’est dans le sud de la Chine à 100 km de Hong-Kong. Mes partenaires et associés chinois se sont développés un peu partout ailleurs en Chine notamment à Chengdu, c’est la porte du Tibet. On a ouvert dans toutes les grandes villes chinoises. L'opportunité chinoise m’a surtout permis de me développer ailleurs notamment en Corée, au Japon, en Thaïlande, mais aussi en Suisse et en Espagne. Récemment on a ouvert un salon à Baden-Baden, ce qui est aussi une belle expérience professionnelle.

Vous restez encore dans la proximité et sur les marchés lointains ?

Bien entendu, la proximité est importante pour moi, puisqu’effectivement je suis strasbourgeois, je vis et je travaille à Strasbourg. Le siège de ma société est à Strasbourg, rue de la Mésange, au centre-ville. Mon fils va à l’école à Strasbourg, donc forcément, je suis très attaché à ma ville et à ma région.

Vous vous rendez souvent en Chine ?

Je voyage beaucoup, je passe un tiers de mon temps à l’étranger, pas uniquement en Chine mais de manière générale en Asie.

La Chine représente une formidable aventure ?

Il y a quelques années en arrière, quand j’étais beaucoup plus jeune, j’aimais voyager et je me disais : "comment je vais faire avec cinq semaines de vacances seulement par an, pour voyager autant que j’ai envie de voyager et comment je vais faire aussi financièrement pour payer tous ces voyages." J'ai trouvé la possibilité à travers mon développement international, de pouvoir voyager régulièrement.

 Vous développez aussi une ligne de produits Kraemer.

La marque "Kraemer Botanic" existe maintenant depuis plus de dix ans, elle est commercialisée essentiellement dans les salons de coiffure. Mais depuis quelques temps, fort de la notoriété que l’on a acquis en Asie, j’ai été abordé par un groupe international, le groupe Watson, j’ai signé un contrat de partenariat d’exclusivité, pour distribuer les produits Kraemer dans 3 800 points de vente chinois. Un contrat exceptionnel, parce que c’est 20 ans de travail, 20 ans de carrière et qui se termine effectivement par des retombées absolument exceptionnelles.

Pour les Chinois, c’est important d’acheter des produits français ?

C’est important pour eux  de consommer français, c’est important de consommer des produits de qualité. Je ne fais que des produits naturels, des produits végan. C’est dans l’air du temps et ces produits ont été adoptés par le marché chinois.

C’est aussi grâce à ce contrat que j’ai décroché un autre gros contrat pour distribuer mes produits cosmétiques dans les hôtels du groupe américain Emporium, ce sont des hôtels prestigieux de la chaîne Hilton ou de la chaîne InterContinental. 

 Comment vous êtes-vous adapté à la clientèle chinoise ?

Que ce soit le clientèle chinoise ou n’importe quel pays, il faut savoir s’adapter, il ne faut pas venir en concurrent et dire : "nous on connaît tout". Non, chaque pays a ses spécificités. Les coiffeurs chinois sont des très grands professionnels, ils apprennent très vite, ce sont des artisans de très grande qualité. Ils ont une vraie envie d’apprendre. Dès que je vais dans un nouveau pays, je peux vous dire que j’apprends autant que je leur apprends, je donne autant que je reçois et pour moi, c’est ça la réussite.

La clientèle chinoise a-t-elle des attentes spécifiques ?

La clientèle chinoise utilise beaucoup de techniques, beaucoup de colorations, ils font surtout encore beaucoup de permanentes, beaucoup de boucles. Ce sont des salons qui travaillent très bien avec de très gros chiffres d’affaires, avec aussi beaucoup de coiffeurs. Un salon a en principe, entre 300 et 500 m2 et travaillent avec environ 30 à 50 coiffeurs.

Une Chinoise va-t-elle plus souvent chez le coiffeur qu’une Française ?

En effet, elles y vont très souvent, une Française va en moyenne cinq fois par an chez le coiffeur, les Chinoises y vont en moyenne dix fois.

La femme chinoise apprécie de se faire coiffer par un coiffeur français ? Pour elle, c’est important, c’est un signe d’élégance ?

Oui, bien entendu. Vous pouvez faire le test, vous allez dans les grands aéroports du monde entier, vous verrez 20% des enseignes des aéroports sont des marques françaises, des marques de couture, de beauté, de parfum. La french touch et la marque française se vendent encore et la coiffure en fait partie. La clientèle étrangère asiatique aime bien la coiffure française.

Vous formez les coiffeurs dans le monde entier, vous avez développé trois académies, une à Strasbourg, une à Canton et une autre à Mursia en Espagne.

Tout à fait. Les Japonais eux, ont décidé de ne pas faire une académie au Japon mais pour connaître la marque Kraemer, ils viennent en France se former chez nous. On a formé 200 collaborateurs japonais (...)

 

Comment le métier de coiffeur a évolué ces dernières années ? 

Enormément. J’ai connu pendant très longtemps le service de la coiffure avec 50 000 salons de coiffure en France. Aujourd’hui, on frôle les 80 000 salons mais qui ne sont pas tous des salons, certains sont des auto-entrepreneurs. (...)

Il y a plus de concurrence ?

En effet, il y a plus de concurrence.  

J’encourage les femmes à venir dans les salons de coiffure.

L’ambiance qui demeure dans un salon de coiffure, on n’arrive pas forcément à la reproduire à domicile, chez soi, ce n’est pas la même chose parce que chaque coiffeur aime donner une identité à son salon, c’est comme une invitation chez lui. Parce qu’effectivement, il va mettre tout son cœur, il va mettre toute sa sensibilité artistique au service de la cliente. Il va décorer son salon comme si c’était chez lui à la maison et la cliente va se sentir bien parce qu’elle est accueillie chez son ami et c’est ça que je développe dans mes salons. Une intimité. 

Il y a aussi le métier de barbier qui se développe chez les coiffeurs ?

Tout à fait. Je développe un projet qui verra bientôt le jour à Rivétoile à Strasbourg, j’ai signé un bail pour ouvrir un barber Kraemer. L’ouverture est prévue dans un an.

Qu’est-ce qu’on peut dire sur les tendances du moment dans la coiffure ? 

Le beau ne se démode pas. (...) Aujourd’hui, on sort le dixième numéro anniversaire des magazines "Kraemer", on peut regarder dedans toutes les collections, toutes les créations que l’on a faites, pour moi c’est intemporel, le beau ne se démode pas et il ne se démodera jamais.

On ressort actuellement la coupe à la Louise Brooks, ce carré très court ou si vous préférez le carré à la Amélie Poulain, la mode c’est un éternel recommencement.

Vous êtes patron avec 1700 collaborateurs à manager et bientôt 200 salons dans le monde. Vous devez avoir un agenda très chargé ? 

Oui l’agenda est chargé puisque je passe à peu près un tiers de mon temps à l’étranger et le reste du temps ici à Strasbourg. Donc, j’ai le temps d’aller au Racing, j’ai le temps d’aller à la SIG et de vous écouter régulièrement parce que quand je suis dans ma voiture j’écoute Top Music. Parce que c’est la plus belle programmation, donc je suis un fan de Top Music et surtout mon fils Gabin qui ne veut écouter que Top Music. En réalité, je n’ai pas trop le choix !