"On ne sortira de la pandémie que grâce à la vaccination" : interview du Dr Hommel

20 décembre 2020 à 11h05 par Anne-Sophie Martin

TOP MUSIC
Dr Christophe Hommel, responsable du centre de vaccination du CHU de Strasbourg/ @HUS

La vaccination contre le Covid-19 va commencer dans l'Union européenne dès le  27 décembre. Le CHU de Strasbourg se prépare à cette première campagne de vaccination. Il s’est équipé de nouveaux super-congélateurs pour stocker à moins 80 °C le vaccin de Pfizer, qui sera le premier injecté dans les Ehpad. En attendant, il faut aussi convaincre chacun de se faire vacciner. Interview de Christophe Hommel, responsable du centre de vaccination aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg. 

Ecoutez l'interview  du Dr Christophe Hommel, responsable du centre de vaccination du CHU de Strasbourg au micro d'Anne-Sophie Martin. 

Christophe Hommel revient sur le calendrier de la vaccination, sur le stockage des vaccins dans des super-congélateurs, sur l'organisation de la campagne de vaccination, sur la mobilisation des médecins généralistes et sur la nécessité d'informer sur l'utilité du vaccin.

Dr Hommel revient sur l'évolution de l'épidémie et dispense quelques conseils avant les fêtes : faut-il se faire tester avant le réveillon de Noël, faut-il s'auto-confiner avant les fêtes ? 

Extraits de l'interview du Dr Hommel. 

Est-on en retard sur la vaccination en France, alors que les Etats-Unis et La Grande-Bretagne ont déjà commencé leur campagne de vaccination ?

Si on se compare aux Anglais, Américains, Canadiens, certes, on pourrait dire qu’on est en retard. Mais on n’est qu’au début de la campagne de vaccination. La bonne nouvelle, c’est que la campagne va être généralisée en même temps sur les 27 pays d’Europe. On est dans un pays où c’est toujours un peu plus lent, comparé aux Allemands qui sont dans les starting blocks prêts à vacciner. On n'est pas en retard, on pourra mettre ça en route, si ce n’est fin décembre, ce sera début janvier. 

En effet, le Premier Ministre a annoncé que la campagne commencera plus tôt que prévu, dès la dernière semaine de décembre. Ce calendrier est-il réaliste ?

J’espère qu’on pourra tenir ce timing. J’ai encore des réunions avec l’ARS et au sein du CHU pour fixer le calendrier (...) Dès qu’on aura les autorisations, on pourra vacciner dans la foulée, on devrait pouvoir vacciner dès la semaine du 28 décembre ou la première semaine de janvier. (...) On a aussi affaire à des difficultés en France face à une forte réticence de la population.

Le CHU de Strasbourg va stocker à moins 80 °C le vaccin de Pfizer dans des super-congélos. Dans quelle mesure le CHU va participer à la campagne de vaccination ?

Dans chaque région, des villes ont été choisies, pour stocker 300 000 doses par super-congélateur.  Une chaîne logistique sera ensuite mise en place pour permettre l’acheminement des doses de vaccins dans les premiers lieux de vaccination que sont les Ehpad avec la participation des équipes locales de médecins et d’infirmiers. C’est ce qu’on va mettre en place dans les 15 jours qui viennent . Le vaccin de Pfizer à l’ARN Messager, qui est une structure naturelle de nos cellules, est extrêmement fragile. Il doit être stocké à moins 80 °C. Ce qui rend les choses un peu complexes, sinon une fois sorti de ce froid intense, le vaccin peut être stocké dans un réfrigérateur à 4-8 degrés pendant 5 jours. 

Quels sont les vaccins contre le Covid-19 qui seront commandés ? 

Il y a celui de Pfizer, de Moderna et du laboratoire AstraZeneca. Mais les premiers vaccins qui vont arriver, ce sont ceux de Pfizer-BioNtech.  (...)

Comment convaincre les gens de se faire vacciner ?

Il va y avoir des réunions d'information et des formations pour les professionnels de santé qui ont besoin de savoir ce qu’est un vaccin ARN, comment il a été produit, et quels sont  les résultats des dernières études.  Il y aura une information continue et répétée sur l’efficacité, sur l’innocuité et surtout sur l'utilité de ce vaccin. Il faut être clair, on ne sortira de la pandémie que grâce à la vaccination, on n’y arrivera pas autrement. Plus on mettra du temps à être vacciné, plus longtemps durera l’épidémie.

Vous comprenez que l’on s’inquiète de la fiabilité de ce vaccin, étant donné  qu’il a été conçu très rapidement. 

Oui, mais Il a pu être conçu rapidement grâce à la technique de l’Arn Messager. Les vaccins classiques mettent beaucoup plus de temps à être développés. (...) La science permet de fabriquer rapidement l’ARN messager.  On sait qu’on peut avoir une efficacité avec le vaccin, étant donné que les personnes atteintes du covid développent des anticorps. On peut immuniser notre organisme par le principe de la vaccination. C’est assez extraordinaire dans l’histoire humaine : face à cette pandémie avec un virus quasiment nouveau, en l’espace de moins d’un an, on a réussi à développer un vaccin à ARN Messager. (...)

Pour cette campagne de vaccination, les médecins généralistes seront-ils également mobilisés?

Oui les médecins généralistes seront sollicités pour participer à cette campagne. Avec toutes les contraintes d'organisation de diffusion du vaccin Pfizer : un  schéma de vaccination en deux doses différées de trois à quatre semaines. Les médecins devront réserver des demi-journées à la vaccination. Il faudra regrouper les personnes à vacciner, car ce sera des vaccins multidoses, un flacon permet de vacciner cinq personnes, et le vaccin doit être utilisé dans les 4 heures . Ce sera une vaccination qui devra être organisée sur rendez-vous.


Voici les derniers éléments communiqués ce vendredi 18 décembre par le Conseil départemental du Bas-Rhin sur la campagne de vaccination.

Les services du Département du Bas-Rhin participent au déploiement de la vaccination sur son territoire en mettant en place une équipe de 20 professionnels volontaires (médecins et infirmières) en capacité de vacciner pour venir renforcer le personnel des EHPAD qui ne pourront pas faire face.

En parallèle, une évaluation est menée auprès des EHPAD pour avoir un retour sur leurs besoins de renforts pour la réalisation de la vaccination. Ce travail se fait conjointement avec l’ARS.

La campagne de vaccination dans les Ehpad débutera début janvier avec un EHPAD test, avant d’être déployé dans le reste des établissements.

Le Département mettra à disposition les surgélateurs du laboratoire départemental si nécessaire.