Jamel Debbouze : "Au jour le jour, comme Tom Sawyer"

18 juin 2018 à 9h47 par Sebastien Ruffet

TOP MUSIC

Il vient d'avoir 43 ans, ce 18 juin, et il reste une référence de l'humour en France. Jamel Debbouze sera à la Foire aux Vins de Colmar le 28 juillet prochain et il a déjà répondu à nos questions.

Top Music : Jamel, une affiche avec une grande horloge, à mi-chemin entre Charlie Chaplin et Harold Lloyd, c'est quoi le symbole de ce « Maintenant ou Jamel » ?

Jamel Debbouze : Y'a pas de symbole si ce n'est que plus j'avance dans le temps, et plus je m'aperçois que le temps passe... Plus j'ai envie de profiter du moment présent. Donc c'est maintenant que je remonte sur scène et je ne sais pas quand je reviendrai. Aujourd'hui je prends beaucoup de plaisir et je fais en sorte que ce soit contagieux !

C'est un peu ta marque de fabrique ! Et ça depuis 20 ans...

C'est beaucoup 20 ans ! (rires)

Et toujours sur scène dans 20 ans ?

Aucune idée ! Je pense de moins en moins au passé, je pense pas au futur, je suis de plus en plus dans le moment présent. C'est un peu ce que je raconte dans le spectacle, c'est aujourd'hui qu'il faut kiffer. On ne sait pas de quoi sera fait demain. J'ai jamais eu de plan de carrière. Je ne devais pas faire ce métier, c'était un accident. Alors je me retrouve ici, je kiffe, alors je procède comme j'ai toujours procédé : au jour le jour, comme Tom Sawyer.

Très belle référence ! Ton spectacle a démarré en octobre dernier... Est-ce qu'il a beaucoup évolué depuis ?

Ouais ! C'est ça que je kiffe le plus dans le spectacle, c'est que c'est vivant ! Vraiment vivant pour de vrai, c'est à dire que ça change tous les jours. En fonction de l'humeur du public... Parce que chaque public a son humeur, c'est un truc de ouf, il faudrait faire une étude sociologique ! Et puis toi t'es dans une humeur aussi... Donc parfois il y a des alchimies qui s'opèrent pas... Mais quand ça opère... Mais c'est un spectacle vivant, j'ai jamais joué deux fois le même spectacle. Il y a une base évidemment, mais j'improvise beaucoup.

C'est aussi en fonction de l'actu ?

Non... oui... Pffff... T'as vu, je sais même pas quoi répondre. L'actu, c'est bien, mais ce que je préfère c'est m'inspirer de la culture locale, de ce qui se passe localement. Je préfère parler d'un fait divers dont tout le monde a entendu parler dans la ville, d'une route qui doit être construite depuis 15 ans dans le coin, ou de l'arrivée du TGV. Ça m'inspire plus que Donald Trump tu vois.

Donc il faut s'attendre à un clin d'oeil appuyé à l'Alsace lors de ton passage à Colmar...

Mais évidemment ! Je vais parler alsacien une demie heure, faites moi confiance.

Avant Colmar, il y a déjà le Marrakech du Rire (20-24 juin)... C'est le rush ?

Ça va à 2000 à l'heure ! Laisse tomber... Il faudrait que je me clone. C'est un stress... Mais c'est ça le spectacle, t'es en danger tout le temps, t'as l'impression que tu vas pas y arriver... Et là, au moment où je te parle, c'est le feu partout ! Et là, c'est pas pour faire le malin, mais cette année on a une programmation exceptionnelle : ça va de Ahmed Sylla, qui est pratiquement né au Marrakech du Rire, à Kev Adams, en passant par Malik Bentalah, Romane Frayssinet, Mouloud Achour, Camille Lelouch, Jeff Panacloc, Gad Elmaleh et... Kad Merad. Et il y aura même une surprise avec Delahousse !

Jamel, sans langue de bois... Tu as imposé un nouveau style d'humour en France il y a 20 ans, tu organises avec le Marrakech du Rire l'un des plus grands festivals d'humour du monde, tu as lancé un grand nombre d'artistes, notamment par le biais du Jamel Comedy Club... Tu serais pas un petit peu le patron ?

(Silence). Evidemment. Pourquoi langue de bois ? C'est sûr. Je suis pas le patron, je suis le parrain. Don Debbouze. C'était évidemment l'objectif.

C'était planifié !

Bien sûr, tout était prévu ! (rires) Non mais patron, ça voudrait dire qu'ils travaillent pour moi et que j'en récolte tous les bénéfices, ce qui n'est absolument pas le cas, malheureusement ! (rires)

Mais ce qui m'anime en revanche, c'est que je viens de Trappes, et j'oublierai jamais cet endroit... Des gens qui ont des besoins et des envies et qui peuvent pas les réaliser, parce que c'est trop dur de passer la barrière périphérique tu vois... Ce sont les associations qui m'ont éduqué, et le Jamel Comedy Club c'est une forme d'association culturelle, qui donne concrètement aux gens la possibilité de subvenir à leurs besoins et de faire parler d'eux dans la France entière, et même au-delà. C'est le cas pour Thomas N'Gijol, Fabrice Eboué, Malik Bentalah, Blanche Gardin... Je suis très fier de contribuer au fait que la France fasse connaissance avec elle-même. Nous on vient d'en bas, et on sait que le seul moyen d'aller en haut, c'est d'être solidaires. Et c'est quand même plus sympa d'être plein que tout seul !

Allez, pour finir, tu vas sûrement un peu suivre la coupe du monde de foot... Comment tu vois l'équipe du Maroc ?

Franchement, on a de très bons éléments. On a un effectif qui peut faire son trou. On tombe sur une poule très compliquée, Espagne, Portugal... Mais si on passe, ce sera historique !

(Ndr : Interview réalisée avant la défaite du Maroc contre l'Iran 0-1...)