Therapie Taxi : "On ne se mettra jamais de censure"

7 juillet 2018 à 22h19 par Sebastien Ruffet

TOP MUSIC
Déjà disque d'or

Une petite terrasse ensoleillée, quelques boissons fraîches, une vue parfaite sur le festival et le lac... Les trois Therapie Taxi arrivent presque à l'heure et de bonne humeur.

Top Music : Les Eurocks, on y est...

Renaud (il coupe) : C'est incroyable ! Ça fait longtemps que j'attends ça... La nouvelle est arrivée il y a pas longtemps en fait... Et... Trop bien !

Raphaël : On avait demandé, et on nous avait dit, non pas cette année.

Mais alors pourquoi vous êtes là finalement ?

Raphaël : Je crois qu'il y a eu une annulation...

Adelaïde : Non ! Ils sont venus nous voir à Mulhouse !

Renaud : On les a épatés !

Adelaïde : Ils ont kiffé ! Je crois que le programmateur était pas chaud au départ, et puis il a changé d'avis.

Vous êtes programmés à deux heures du matin... Comment on se prépare pour jouer à une heure aussi inhabituelle ?

Adelaïde : On l'a fait quelques fois. On a fait une fois passé deux heures...

Raphaël : Ça dépend comment tu le prépares ! Si t'as pas de concert le lendemain, tu le prépares en buvant. Si t'as un concert le lendemain – comme nous malheureusement – tu le prépares en essayant de pas boire.

Et du coup vous allez voir un peu les potes ?

Raphaël : Oui, là, on va voir Contrefaçon... Moi, il y a plein de trucs que je voulais voir : Damso, Moha la Squale...

Pour votre génération, est-ce qu'un passage radio reste une consécration ? Ou le nombre de vues suffit ?

Renaud : Non, c'est plus la réaction des gens, les salles qu'on remplit... C'est ça la consécration.

Adelaïde : Après, tout est lié évidemment. Nous, c'est surtout notre label qui était très tourné vers la radio. Nous, on était plus en mode, si on y va pas, c'est pas très grave. On va pas non plus faire tout pour ça, tu vois. Quand c'est arrivé, on était content, mais c'est après que tu te rends compte de ce qui se passe et à quel point c'est utile. L'impact est énorme.

Raphaël : Nous, ça nous a mis un coup d'accélérateur vénère quoi. On vient de fêter notre disque d'or, et c'est en partie parce qu'on a été diffusés à haute fréquence sur des radios comme la tienne. Et ça nous permet d'être connus en dehors de Paris... Quand t'arrives sur un festoche comme les Eurocks et que tu te rends compte que les gens connaissent tes chansons, c'est aussi grâce aux diffusions « locales ». Et puis ça fait beaucoup rire les potes quand ils sont en vacances à droite à gauche, ils allument la radio locale, ils entendent « hit sale », ils sont morts de rire.

Adelaïde : Ouais en faisant les courses au Super U ! Le but d'une vie.

C'est ça en fait la consécration.

Adelaïde : Moi c'est passer chez Decathlon le but d'une vie.

Est-ce que le fait de pouvoir émerger uniquement grâce au net permet de se lâcher un peu dans les paroles ?

Adelaïde : Pour nous c'était assez naturel. On a l'habitude d'écouter des trucs sur internet, les rappeurs, tout ça... Et après ça vient naturellement d'écrire comme ça, on s'est pas dit « ah oui mais attends parce que la radio, ceci cela... » Parfois on nous dit, c'est dommage, ce titre il pourrait y aller, mais il y a un mot... Bon, si c'est UN mot, on peut réfléchir...

Raphaël : Sur un mot, on est prêt à faire une concession, mais pas sur tout un texte.

Est-ce que d'après vous, aujourd'hui, le visuel est à hauteur égale du son dans le projet artistique ?

Raphaël : C'est peut-être vrai pour d'autres groupes, mais nous la priorité, ça reste le live, le rapport au public, et le son. Pour tout ce qui est clip, tout ça, oui on fait attention, mais pour le live, on travaille plus le rapport au public, plutôt qu'un truc ultra-imaginé. On veut que ce soit une sorte de teuf, et pas un truc où les gens sont juste spectateurs.

Adelaïde : Si tu le prends comme ça, notre image la plus importante, c'est celle qu'on renvoie en live. Plus que les clips. Souvent on me dit, ah vous êtes super différents... Mais dans un clip tu joues plus ou moins un rôle. C'est important dans l'esthétique, mais le plus important c'est ce qu'on renvoie sur scène.

Et est-ce qu'on retrouve cette sensualité, voire cette sexualité, sur scène ?

Adelaïde : J'imagine. Nous sommes des gens très sensuels naturellement ! (rire)

Raphaël : En tout cas, la sexualité, tu la retrouves sur scène.

Beaucoup de jeunes disent que la sexualité est assez « facile » de nos jours... Est-ce que vous avez le sentiment qu'il y a une sorte de libération sexuelle, que votre musique traduit ?

Renaud : Libération, peut-être pas... Je dirais qu'on le montre beaucoup plus... Mais je suis pas sûr que ce soit vraiment libéré.

Raphaël : C'est par période... Il y a eu les années 70... Il y a des modèles qui sont un peu plus libres aujourd'hui parce qu'ils réfléchissent plus (sourire), et ils comprennent qu'il y a des trucs comme la monogamie qui sont plus imposés par la structure sociale qu'un truc naturel. Mais je crois que ces réflexions là ont eu lieu à d'autres moments, comme dans les années 70 et que ça vient par vagues.

Renaud : On a peut-être plus la possibilité de penser à être libéré... Maintenant, est-ce que les gens le sont ? Je sais pas.

Adelaïde : Ça donne l'impression que les gens font un peu plus ce qu'ils ont envie de faire...

Renaud : Qu'est-ce que la liberté ? Ah !

Adelaïde : Il y a moins de schéma qu'avant en tout cas.

Raphaël : Je pense que le rôle des artistes en général, c'est de faire réfléchir là dessus. De proposer un espace de liberté. Et d'une certaine manière, ça parle aux gens, il y a un écho.

Ce franc-parler, c'est ce qui vous a permis d'être là aujourd'hui... Vous allez continuer dans cette même veine, ou est-ce que ça va se calmer ?

Adelaïde : Dans un futur proche, on est parti pour continuer là-dedans, mais pas que. Enfin, même dans l'album, là, il n'y a pas que ça non plus. Dans un futur plus éloigné, on verra bien.

Raphaël : En tout cas, au niveau franc-parler, on se mettra jamais de censure. C'est ce que les gens attendent, que les gens arrêtent d'avoir une langue de bois de merde.