ATP : Herbert et Olivetti contre la réforme du double

Herbert
Pierre-Hugues Herbert dans ses oeuvres
Crédit : @rolexparismaster

L'ATP, qui organise le circuit du tennis professionnel, envisage de raboter sérieusement le circuit du double à horizon 2028. Un pré-projet qui fait bondir les deux spécialistes alsaciens de la discipline Pierre-Hugues Herbert et Albano Olivetti.

La question agite le circuit ATP depuis des années : comment faire en sorte que davantage de joueurs puissent vivre de leur sport, après tant d'années d'efforts et de sacrifices ? La réponse de l'ATP : prendre sur le circuit de double pour en mettre plus sur le circuit de simple. Une drôle d'idée, qui vient du fait que le double est aujourd'hui jugé moins "bankable", malgré, par ailleurs, l'émergence du padel, dont la nervosité des échanges séduit les amateurs. Pour le Haguenovien Albano Olivetti, c'est plutôt cynique: "Ça nous fait grincer des dents parce qu’ils disent qu’on est pas assez rentable, mais ils ne font aucun effort pour le double, pour le vendre un peu mieux, d’en faire la promotion. Globalement, beaucoup de gens aiment le double. L’ATP ne nous aide pas à médiatiser le double, à le mettre plus en avant, même si on rivalise pas avec le simple. Alors qu’on pourrait tous être gagnants, c’est ça qui nous répugne."

"L'envie d'évincer les spécialistes"

Dans les faits, les tableaux de double se réduiraient à peau de chagrin : 8 équipes sur les ATP250, et 24 sur les Masters 1000, voire 16 à terme. Conséquence : il faudrait un classement très élevé pour être sûr de les disputer. Olivetti : "C’est déjà très dur pour intégrer les Masters 1000, il faut être à peu près Top30 pour être sûr de les jouer. Aujourd’hui je suis 19e mondial et je ne serais même pas sûr de les jouer. A long terme, on sent l'envie de complètement évincer les spécialistes du double."

Si de nombreux tournois semblent d'accord avec l'idée, c'est aussi d'un point de vue financier : chaque paire coûte deux fois plus cher à héberger qu'un joueur seul. CQFD. L'autre hic, c'est quand on sait que le tennis est l'un des sports qui redistribue le moins aux sportifs, autour de 15% des revenus générés. A titre d'exemple, dans le football, cela oscille de 20 à 50% selon les clubs. Plutôt que de creuser cette piste là, l'ATP a donc plutôt dans l'idée de déshabiller Paul pour habiller Jacques. 

Favoriser les joueurs de simple

Pour Pierre-Hugues Herbert, vainqueur de cinq Grand Chelem en double, "c’est un sujet assez complexe. L’ATP est régie à 50% par les joueurs, à 50% par les tournois. Un bilan est fait comme quoi le double n’est pas assez vendeur, et l’ATP envisage un vote pour réduire les prize money de 50% et tous les tableaux de 50%. Le prize money serait réparti à 90% pour les joueurs de simple, à 10% pour les joueurs de double, alors qu’actuellement on est à 80-20. Tout ça pour favoriser les joueurs entre la 50e et la 150e place mondiale."

Toujours selon P2H, "une réforme comme ça enlève la possibilité à une quarantaine de joueurs au-delà de la 40e place mondiale, d'être vraiment joueurs de tennis professionnels…Des joueurs qui avaient trouvé un moyen de gagner leur vie parce qu’ils ont davantage les attributs d’un joueur de double. A l’image d’Albano qui a été 150e joueur mondial en simple, et qui n'a pas réussi à concrétiser, et qui est aujourd’hui extrêmement performant en double."

Derrière cette "attaque frontale", ce sont aussi des joueurs qui se sont battus et fait des sacrifices toute leur vie pour arriver à ce niveau. Le double a sa spécificité, et c'est pour ça que des joueurs y performent et pas d'autres. Avec cette "vision business", Albano Olivetti regrette que "des joueurs verraient leurs rêves un peu se dérober". 

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Publié : 17h43 par
Sébastien Ruffet - Journaliste

Journaliste généraliste, mais avec un attrait pour le sport, Sébastien est diplômé de l’Ecole de Journalisme (EDJ) de Nice. Après être passé dans plusieurs médias, aussi bien en radio qu’en TV ou en presse écrite, il a posé ses valises à Top Music en 2013. Expertise : Le sport (football et tennis en particulier), la musique, la photo